mercredi 12 décembre 2007

Gemini circa 94-95, Chicago.



Mes camarades Koyote et Goon jouent un terrible morceau de lui sur leur récent podcast pour Resident Advisor (lequel podcast déclenche d'ailleurs des réactions assez marrantes de la part du public un peu "psychorigide de la minimale" qui traîne sur le forum du site) : vers 94-95, Spencer Kincy, aka Gemini, était ce qu'on pourrait appeller un "auteur" house fou (matez ses yeux et sa bouche, je sais que c'est la photo qui fait ça mais quand même), un producteur au son à la fois psychédélique et martial, plein de failles mais super entêtant, un peu bad boy avec un côté pédale freaky à grosse barbe, bref quelque chose d'extrêmement singulier, surtout en comparaison à ce que faisaient ses collègues du label chicagoan Relief : je parle de mecs genre Sneak, Gene Farris, Paul Johnson et autres Boo Williams, en gros des gars avec une approche très "tracky" de la dance music, souvent super efficace mais parfois trop générique, il faut bien le reconnaître.

Mais pas de panique, ça ne veut pas dire non plus qu'on est dans l'expérimental relou avec des beats qui font mine de partir mais en fait non parce qu'on décidé de déconstruire le beat ou je ne sais quoi: Spencer Kincy sait qu'il doit parler aux corps, les déclencher, les intensifier. Les faire paniquer même, les rendre dingos, comme en témoigne le titre ci-dessous, une version différente (mais sur la même face de maxi, avec exactement le même titre : pourquoi?) de celui qui figure dans le podcast de K&G et qui donne une bonne idée de l'espèce d'incohérence formelle et sonore qui fait la marque de fabrique de ce cher Gemini. Si d'autres gens entendent du français dans le sample de voix, ils seraient sympas de me le signaler. Et si vous pouvez rafraîchir ma mémoire avinée au niveau de par rapport à un autre sample, ces cordes stridentes là, c'est ESG, Liquid Liquid, je sais plus.




Gemini - For the Crazy (2)

Si je respecte autant Gemini, c'est aussi parce qu'il sait que rien de tel qu'une bonne trompette jouée au synthé (je prépare d'ailleurs un post sur ce thème si riche) pour faire tomber les danseurs sous son joug, avec une ligne de basse qui ne laisse pas la choix et un sample bienveillant quoique un peu fantomatique de Nina Simone. Toujours le goût des moods contrastés, des éléments qui tournent pas tout à fait à la même vitesse, des assemblages un peu hasardeux, genre "ça va jamais tenir ensemble mais bon on sait jamais". J'adore cette esthétique du "on essaie quand même", c'est touchant et héroïque en même temps, surtout quand ça marche aussi bien. Alors que ça devrait s'écrouler, finalement ça se tient, un peu comme pas mal de tracks de Swizz Beatz, dans un autre style.




Gemini - U Know How I Feel


"French Kiss" est une grosse référence pour Gemini, j'ai même envie de dire qu'il a carrément scotché dessus, il en reprend l'hynotique basse sur plusieurs morceaux, mais dans celui-ci il varie et développe son projet de plagiat indirect en reprenant la fameuse descente de tempo de l'original. Sauf que là, il accélère plus qu'il ne ralentit, et en plus il le fait tout au long des quatre minutes. Je crois qu'on peut parler de house "expérimentale" à condition que l'adjectif ne soit rien d'autre qu'une manière polie de dire "druggy".

Gemini - Your Place or Mine

Pour les gens aux goûts plus standardisés, moins audacieux, je mets ce track plus disco filtrée et cuttée sorti sur Cajual, mais somme toute très charmant, avec tout de même une touche un peu zarbi et absurde, cette ligne de basse en retrait mais néamoins pleine de bonhomie.




Spencer Kincy - Don't Stop

Je connais beaucoup moins la suite de sa carrière, mais ce que j'en ai entendu m'a paru vachement plus propre, plus rond, moins anormal, même si ça reste quand même relativement "tipar" – ce n'est d'ailleurs pas pour rien s'il a fait des choses sur Classic, le label monté en Grande-Bretagne par son compatriote Derrick Carter et Luke Solomon, qui allait ensuite lancer Music For Freaks. En tous cas je vous invite à écouter à peu près tout ce qu'il a fait dans les deux années abordées par ce post, et je me dis d'ailleurs que je vais en faire un deuxième histoire que vous saisissiez bien l'enjeu.

2 commentaires:

Samuel a dit…

oulala
ça y est, c'est parti ... et la vie fut donné au blog WRCP mix
j'en ai des frissons dans le dos
bien joué Etienne ;)

Anonyme a dit…
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